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La Réunion : Prison ferme pour les émeutiers

26 mars 2012, 20:00

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La Réunion : Prison ferme pour les émeutiers

 Dix jeunes d’une vingtaine d’années ont  été condamnés, lundi, pour leur participation aux émeutes, le mois dernier. Placés en détention provisoire après avoir demandé un délai pour préparer leur défense, la plupart d’entre eux ont écopé de peines de prison ferme. Des décisions "sévères" aux yeux de la défense. Notre collègue du Journal de l’île de la Réunion revient sur l’un de ces dix cas.

Premier dossier : celui de Patrick D. Un Bénédictin qui n’est pas un habitué du tribunal correctionnel. Avant les émeutes, le seul reproche que la justice lui ait fait, c’est d’avoir conduit un véhicule sans assurance en 2006. Le 23 février pourtant, le jeune homme a franchi une ligne. Vers 22h, il lance un cocktail molotov en direction de deux gendarmes circulant dans un véhicule aux vitres fermées dans le secteur de Bras Canot. Les deux officiers sautent du véhicule en marche alors que le feu commence à se propager. La voiture, inutilisable aujourd’hui, sera retrouvée 50 mètres plus loin, encastrée dans un mur.

L’une des victimes a témoigné, lundi,  lors du procès du jeune Bénédictin : "La bouteille a été lancée à une force inimaginable puisque la vitre était fermée pour éviter les caillassages". Le militaire est touché à la bouche. Il perdra une dent : deux jours d’interruption totale de travail. Son collègue a lui droit à un jour d’arrêt. Le prévenu se rend compte de sa bêtise : "Je regrette ce que j’ai fait. J’étais saoul et je voulais faire comme les autres", raconte-il face aux enquêteurs.

"Face à l’héroïsme des gendarmes, on a un geste de lâcheté, d’inconscience et irresponsable de la part du prévenu, plaide l’avocat de la partie civile. La profession de gendarmes est une profession indispensable dans la société, et si on ne respecte pas les règles de la société, toute la machine judiciaire est là pour sanctionner conformément à la loi". Le substitut François-Marie Cornu, dont les échanges ont été vifs avec la défense, s’interroge quant à lui sur les raisons qui ont poussé un individu tel que Patrick D. à passer à l’acte."Il est inconnu de la justice mais les faits sont d’une telle gravité que je ne peux pas requérir une simple peine avec sursis".

Il requiert deux ans de prison dont la moitié ferme. À la défense, Me Pauline Barande met en avant les difficultés rencontrées au quotidien par ce père de famille au RSA et elle va même jusqu’à évoquer l’article 35 de la Déclaration des droits de l’homme, le droit à l’insurrection... "Exagéré", selon le parquet.

Après délibéré, le tribunal a décidé de maintenir Patrick D. en détention. Il a écopé deux ans de prison dont la moitié assortie d’un sursis avec mise à l’épreuve. Il devra payer 1 500 euros de dommages et intérêts, a interdiction de fréquenter les débits de boissons, et, de porter une arme.

(Photo : Plusieurs centaines d’émeutiers avaient été recensés par les autorités le mois dernier).

Harry Amourani
Le Journal de l’île de la Réunion.

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