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Réunion - Economie : Le retour des plans sociaux et de licenciements ?
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Réunion - Economie : Le retour des plans sociaux et de licenciements ?
Juin pourrait marquer un nouveau tournant dans l’économie locale, si le scénario de 2011 se reproduit. L’an passé, le nombre d’ouvertures de procédures collectives de sauvegarde, redressement et liquidation judiciaires avait flambé au début du deuxième semestre, après l’adoption par les entreprises de leur bilan et la présentation de celui-ci aux banques...
Qu’en sera-t-il dans les prochaines semaines ? Si aucun des acteurs interrogés ne prétend lire l’avenir, tous sont d’accord sur un point : l’hécatombe n’est pas terminée.
La Réunion n’en a pas fini avec les plans sociaux. Sauvegarde, redressement, liquidation... Sur les quatre premiers mois de l’année, 97 procédures collectives ont été ouvertes par le tribunal de commerce mixte de Saint-Denis. Sur la même période, leur nombre n’était que de 78 en 2011, avant une explosion à partir du milieu d’année et notamment un pic de 40 ouvertures de procédures pour le seul mois d’août. Au total, l’an passé, le tribunal de commerce de Saint-Denis a recensé 302 ouvertures de procédures collectives contre 256 en 2010, soit une hausse de plus de 14% d’une année à l’autre. Doit-on encore s’attendre à une augmentation annuelle à deux chiffres d’ici décembre ? « En 2011, une augmentation très importante du nombre d’ouverture de procédures collectives était intervenue dès le début du second semestre, après l’adoption par les entreprises de leur bilan, confirme Jean-Michel Bouchon, président du tribunal de commerce mixte de Saint-Denis. Juin représente chaque année la période critique, celle où les chefs d’entreprise mesurent la situation de leur société de façon plus précise. Nous sommes donc dans l’expectative. »
Comme depuis le début de la crise, en 2008, les entreprises du BTP et a fortiori les TPE seront particulièrement exposées. Mais pas seulement, car la conjoncture reste globalement mauvaise. L’Insee publiera dans quelques semaines l’évolution du PIB dans l’île en 2011. Après deux années de récession, l’économie réunionnaise espère renouer avec la croissance, mais sans certitude. En 2012, en revanche, les perspectives seraient légèrement mieux orientées si l’on en croit l’étude diffusée la semaine dernière par le cabinet d’analyse économique et de conseil Asterès. Selon la société, qui calcule chaque année région par région le taux de croissance, le PIB de la Réunion devrait augmenter de 0,5% environ.
L’Iedom aussi affiche une certaine foi en l’avenir dans sa dernière note expresse, en mars dernier. En effet, si « La Réunion renoue difficilement avec la croissance en raison des incertitudes que soulèvent les tensions entourant la crise de la zone euro, estime l’Iedom, dans ce contexte difficile, certains indicateurs restent malgré tout bien orientés.
Le logement social et la commande publique ont permis un maintien de l’activité du secteur du BTP, durement touché ces dernières années par la fin de grands travaux et la contraction de la construction de logements privés. La consommation des ménages résiste et soutient l’activité. Néanmoins, poursuit l’Iedom, le département tarde à trouver de nouveaux moteurs pour asseoir sa croissance.
De grands chantiers, tels que le Pôle Océan et la route du littoral, devraient permettre d’accélérer la sortie de crise du secteur du BTP et des secteurs liés, mais pas avant début 2013. »
Une forme d’optimisme qui n’est pas du tout partagée par les professionnels. Dans le bâtiment, le secrétaire général de la FRBTP, Bernard Tillon, ne se risquant à aucune prévision, rappelle seulement : « Dans le BTP, l’activité stagne, voire se dégrade, affirme Bernard Tillon. On n’a aucune visibilité.
C’est l’encéphalogramme plat. Aujourd’hui, le secteur entier est en sauvegarde » (lire aussi l’interview d’Armand Mouniata). En dehors du BTP, les difficultés perdurent également dans le groupe Caillé. La restructuration de celui-ci n’est vraisemblablement pas terminée.
 La SMCI, la société du groupe qui gère les marques Peugeot, Citroën et BMW à Mayotte, et qui fait partie des actifs sous le coup de la procédure de sauvegarde homologuée par le tribunal de commerce de Saint-Denis en septembre dernier, est sur le point de procéder à 9 nouveaux licenciements économiques sur un effectif de 56 salariés. Une vingtaine de salariés avaient déjà été contraints de quitter l’entreprise en 2010.
 Le ciel s’est également beaucoup assombri chez Air Austral, qui a besoin de 80 millions d’euros pour redécoller, et s’apprête à supprimer 50 postes en CDD, ainsi que des lignes long-courrier. Au-delà de ces mastodontes de l’économie locale, de nombreuses PME et TPE se sentent également en sursis. Ce qui n’augure évidemment rien de bon pour l’emploi. Et ce, alors que le nombre de licenciements économiques a déjà augmenté début 2012 par rapport à 2011.
 Il a été de 230 en mars 2012 contre 200 en mars 2011, soit une variation annuelle sur le premier trimestre de l’année de +15,9% (sources Pôle emploi et Dieccte). En avril, ce nombre a chuté, avec 160 licenciements économiques contre 200 en avril 2011.
Mais il est peu probable qu’une véritable tendance à la baisse s’installe. D’autant que les licenciés économiques ne sont considérés comme des demandeurs d’emploi qu’après une période de 12 mois, pendant laquelle ils perçoivent une indemnisation égale à 80% de leur salaire en échange d’une obligation de formation. Or, on l’a dit, les ouvertures de procédures ont été particulièrement nombreuses au deuxième semestre 2011.
Pour autant, les licenciements économiques représentent moins de 3% des motifs d’inscription au chômage. Et ce, alors que les fins de contrat à durée déterminée, éléments de flexibilité du travail s’il en est, restent de loin la première cause identifiée d’entrée à Pôle emploi. On en a recensé 2790 en avril 2012 (contre 2370 en avril 2011), soit plus du quart des motifs d’inscription au chômage (27,9%). « Sans compter qu’il faudrait ajouter au recensement des licenciements économiques celui des ruptures conventionnelles, encore plus nombreuses », souligne Ivan Hoarau, secrétaire général de la CGTR.
Considérées par certains comme des licenciements déguisés, les ruptures conventionnelles appartiennent en effet à la catégorie « autres cas » des motifs d’entrée à Pôle emploi. Dans les statistiques délivrées par l’institution, près d’une inscription au chômage sur deux appartient à ce groupe nébuleux.
(Séverine Dargent – Le Journal de l’île de la Réunion )
 
 
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