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Réunion : Épidémies, les nouvelles menaces pour l’île soeur
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Réunion : Épidémies, les nouvelles menaces pour l’île soeur
West Nile, Sindbis, Nipah… Ces noms de virus ne vous disent sans doute rien. Pourtant, demain ils seront peut-être notre quotidien. Au carrefour des zones les plus exposées aux maladies émergentes, la Réunion n’est pas à l’abri d’une nouvelle épidémie, même si elle est aujourd’hui mieux armée.
Après le chikungunya, quelle est la nouvelle menace ? Zoom sur les virus dans le collimateur de nos épidémiologistes.
Avec une crise sanitaire et économique dans son sillon, le chikungunya a laissé une empreinte indélébile sur la Réunion. Et pour les rares qui l’auraient oublié, il n’est scientifiquement pas impossible qu’il se rappelle à leur mauvais souvenir, car plus de 60 % des habitants ne sont pas immunisés contre cette arbovirose. Mais elle est loin d’incarner aujourd’hui la plus sérieuse menace sanitaire contre notre département. L’histoire montre que les maladies infectieuses émergentes ont frappé la Réunion de tout temps, sous différents visages. "Notre île a été un éden jusqu’à ce qu’on y introduise des hommes et des animaux. Il y a eu dès lors de nombreuses épidémies : la variole, le choléra, le paludisme, la dengue puis le chikungunya", rappelle le Dr Bernard-Alex Gaüzère, spécialiste en médecine tropicale. N’oublions pas que le paludisme représentait encore au début du XXe siècle un tiers des décès dans notre île.
L’impact du changement climatique
Qu’en est-il aujourd’hui ? Certes, la médecine a fait des progrès fulgurants entre les vaccins et les antibiotiques mais "des maladies nouvelles se font jour à un rythme sans précédent", met en garde en le Dr Margaret Chan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). "En 2020, on estime qu’il y aura entre 40 et 500 nouveaux virus qui vont être détectés", souligne Laurent Filleul, coordonnateur de la cellule interrégionale d’épidémiologie (Cire) de l’océan Indien. Les maladies émergentes font peser une menace grandissante en raison de la forte mobilité des personnes et de l’étroite interdépendance économique des territoires. De par sa situation géographique, la Réunion se trouve au carrefour des zones comme identifiées les plus à risque dans le monde (Asie du Sud-Est, sous-continent Indien ou région des grands lacs en Afrique de l’Est). Et son insularité risque de n’être plus en mesure de la prémunir. Au contraire, les échanges se multiplient avec l’Europe et les risques s’accroissent car de nouvelles portes viennent de s’ouvrir vers l’Asie, via des vols directs avec la Thaïlande ou encore l’Australie.
La question du changement climatique est aussi un facteur à prendre en considération pour la survenue de pathologies infectieuses. C’est ce qui a été mis en avant il y a quelques semaines lors d’un colloque à Monaco portant sur l’impact du changement de l’environnement sur la santé. Sous l’influence d’un climat tropical, la Réunion est un paradis pour les moustiques, mais la situation pourrait encore s’aggraver si les températures venaient à augmenter. Comme l’indique Jean-Sébastien Dehecq, "s’il fait plus chaud, les hauts plateaux de Madagascar, jusqu’ici épargnés de paludisme, pourraient être touchés car le climat sera favorable au développement du moustique. Dans les hauts de la Réunion, on peut aussi imaginer que la période de nuisance du moustique puisse s’élargir au-delà de février et mars".
La Dengue arrivera « tôt ou tard »
On l’aura compris, notre territoire réunit toutes les conditions favorables à l’émergence d’une nouvelle infection. Le chikungunya nous aura appris que le danger peut surgir sans crier gare. Néanmoins, l’attention des épidémiologistes se porte sur une poignée de virus (voir par ailleurs les huit virus à redouter). Tous les spécialistes s’accordent au moins sur celui qui doit être l’ennemi public numéro un. "Le principal risque, c’est la dengue car la population n’est pas immunisée et on dispose localement du vecteur (ndlr : aedes albopictus ou aegypti). Tous les autres virus sont peu ou prou gérables”, considère le Pr Koussay Dellagi, responsable du centre de recherche et de veille sur les maladies émergentes dans l’océan Indien (CRVOI).
S’ils viennent confirmer leur intuition, ce ne sont pas les 18 derniers cas de dengue récemment identifiés dans notre île qui aiguillent les scientifiques. "On retrouve de la dengue quasiment partout dans le monde, on s’attend à ce qu’elle débarque tôt ou tard, soutient le Dr Gaüzère. Il faudrait qu’elle n’arrive pas avant deux ou trois ans car, d’ici là, un vaccin apparemment très efficace contre tous les types de dengue sera commercialisé." Une épidémie a déjà frappé notre île en 1977, atteignant près d’un tiers de la population. Reste qu’une étude de séroprévalence portant sur 1 800 donneurs de sang vient de montrer que seulement 3,1 % des Réunionnais sont immunisés contre la dengue. Mais la situation face au risque des maladies émergentes a bien changé depuis l’épisode chikungunya. Les scientifiques locaux imaginent des contre-attaques et les réseaux de surveillance et de lutte anti-vectorielle ont été renforcés (lire par ailleurs). La Réunion semble mieux préparée mais à trop se focaliser sur le moustique, peut-être risque-t-on aussi de passer à côté d’autres pathologies véhiculées par d’autres animaux (tiques, chauves-souris, porcs, bovidés…)
Marie Payrard – Le Journal de l’île de La Réunion
 
 
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